Ateliers d'Art de France

Evaluation des conséquences de la situation liée au Covid-19 sur l’économie des ateliers d’art

La crise exceptionnelle que nous vivons frappe l’équilibre économique de notre pays et a déstabilisé nos milliers d’ateliers d’art. Tout s’est figé d’un coup, brutalement : salons et marchés annulés, commandes reportées ou annulées, fournisseurs fermés, ateliers-boutiques fermés…

Entièrement mobilisé par cette situation qui entraine l’arrêt total d’activité commerciale et la chute de recette de nos ateliers, Ateliers d’Art de France a décidé de mener une enquête auprès des professionnels de métiers d’art afin de dresser un état des lieux des situations rencontrées par nos entreprises, rendre visible les difficultés et conséquences de la situation, afin d’agir et porter des propositions de mesures adaptées en faveur de notre secteur de métiers d’art.

Nous vous invitons à retrouver ci-dessous les résultats de cette enquête menée auprès de notre communauté de professionnels de métiers d’art.

Cette enquête a été lancée via une approche quantitative online, du 24 mars au 30 mars inclus, auprès d’un échantillon global de 1815 personnes (*), composé de 686 professionnels adhérents Ateliers d’Art de France et de 1129 professionnels non adhérents appartenant aux réseaux des associations et acteurs institutionnels partenaires.

Un état d’urgence pour l’ensemble de la profession

Un état d’urgence pour l’ensemble de la profession Cette enquête, qui a eu lieu une semaine après le début du confinement en France, dresse un état des lieux dramatique de la situation du secteur des métiers d’art, au démarrage de cette crise sanitaire inédite.

Plus de 9 personnes interrogées sur 10 sont des professionnels d’entreprises individuelles, représentant une multitude de métiers d’artisanat d’art différents (malgré la sur-représentation des céramistes parmi les adhérents), d’une grande ancienneté (14 ans en moyenne) et d’un savoir-faire unique, expliquent la complexité d’identification et d’audience du secteur de métier d’art.

Les salons, marchés (70%), les boutiques-ateliers (65%), les commandes (61%) sont incontestablement les principales sources de revenus. Leur arrêt brutal a logiquement impacté de façon directe leur activité, avec une perte de chiffre d’affaires immédiat dans plus de 8 cas sur 10.

  Etude

Les résultats mettent en évidence que l’ensemble de professionnels interrogés apparaissent désarmés et paralysés face à cette situation, 17% d’entre eux expriment spontanément leur désarroi, sans pour autant avoir des solutions (14%).

Ce qui apparait, aujourd’hui, alarmant est que leur échéance de « survie » semble très courte : 8% déclarent pouvoir tenir 2 mois, voire 3. Mais pour 3% d’entre eux, leur visibilité ne dépasse pas le mois d’avril. Finalement l’issue est donc désastreuse, pour plus d’une personne sur 10, qui pensent ne pas avoir d’autres solutions que de cesser leur activité, et ce malgré leur ancienneté.

Etude

 

Si les conséquences immédiates sur leur activité sont clairement identifiées spontanément, par une multitude de raisons, principalement économiques : difficultés de payer leurs charges fixes (6%), dégradation de la trésorerie (6%), perte de revenus (4%), recherche d’un autre emploi (6%), incapacité de production et attente de la reprise (6%), difficultés de réapprovisionnement en matières premières (3%)… Pour cette dernière raison, l’absence de fournisseurs (37%) et les difficultés de livraison (34%) avaient déjà été citées en assisté, renforçant ainsi le point de vue spontané. Ce sont les conséquences différées « post-crise » qui s’annoncent encore plus difficiles et anxiogènes.

En effet, l’incertitude de la réouverture des lieux de vente, du maintien ou du report des grands événements saisonniers posent inévitablement des questions (78% ont déclaré, en assisté, que l’annulation d’événements est la première conséquence directe sur leur activité). Mais au-delà de la disponibilité des produits réalisés pendant la crise, leur diffusion avec l’incertitude du retour des clients, des touristes et de leur pouvoir d’achat (5% des mentions spontanées) semble encore plus problématique, malgré leurs valeurs prônant une consommation plus locale.

Pendant les mois de confinement, près de 3 personnes sur 10 déclarent pouvoir maintenir leur activité de production (17%), de création (12%), de fabrication (9%) et leur travail en atelier (13%), quand celui-ci fait partie de leur lieu de vie et cela jusqu’à l’épuisement des matières premières (10%), toujours dans un objectif de faire des stocks, se préparer à la reprise et envisager de travailler davantage sur le second semestre. Ils sont cependant conscients que les livraisons différées de cette production engendreront inévitablement des paiements tardifs, qui ne leur permettront pas de se réapprovisionner pour enclencher, de nouveau, la production. Et les entrainera dans une « spirale infernale », et où leur présence en « bout de chaine » accroit les difficultés.

Etude

 

En toute logique, ils appréhendent fortement cette reprise d’un point de vue financier (47%), et plus marginalement en termes matériels, voire humains. Une reprise qui ne pourra donc pas se faire sans aides financières conséquentes, mais également sans un accompagnement accru des Chambres des Métiers, des associations et des instances bancaires et administratives. Un quart des personnes interrogées avaient fait la demande des aides gouvernementales au moment de l’enquête, (principalement les entreprises avec salariés). Le manque de lisibilité de l’informations et les conditions d’éligibilité apparaissaient comme les points de blocage majeurs.

Les semaines suivant l’accès aux dispositifs d’aide, Ateliers d’Art de France a constaté un certain renoncement des professionnels de métiers d’art à demander des aides faute d’être pris en compte dans leur singularité de chiffre d’affaires saisonnier ou annuel.

Au-delà du soutien financier important et sur une longue période, c’est la reconnaissance du secteur qui est attendue et qui passe par la mise en évidence du rôle économique des métiers d’Art et non pas seulement culturel ; mais aussi par la création d’un statut propre et de codes NAF spécifiques aux métiers d’art. Une communication soutenue, prônant le savoir-faire des métiers d’art en France avec son rayonnement international doit permettre de fédérer la profession.

L’importance de l’ouverture des événements dès que possible et l’accompagnement des pouvoirs publics à cette reprise (par l’aide de la réorganisation de ces événements, par le maintien du nombre d’appels d’offres publics et la reprise des commandes, par le soutien financier avec l’assouplissement des conditions d’éligibilité des aides …) semblent indispensable à la survie du métier au-delà de 2020.

Lire le rapport dans son intégralité

Vous souhaitez soutenir le secteur des métiers d’art ? : Signez notre pétition pour que les professionnels de métiers d’art doivent être pris en compte dans les dispositifs d’aides solidaires mis en place les pouvoirs publics !

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Toute publication totale ou partielle doit impérativement utiliser la mention suivante : « Résultats Spirit Insight pour le syndicat Ateliers d’Art de France»

(*) Résultats traités et analysés par Spirit Insight – Avril 2020.